Du théâtre participatif pour lutter contre les violences conjugales

Depuis décembre 2013, le Fond Social de développement (FSD) de l’Ambassade de France en Ouganda apporte son soutien à l’ONG Rafiki Theatre, qui a pour objectif de sensibiliser une dizaine de communautés du Karamoja, vivant à proximité de baraquements militaires, sur les violences basées sur le genre, par le biais du théâtre participatif. Mais pourquoi donc recourir au théâtre, et participatif de surcroit ?

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Les violences conjugales et leurs causes, comme l’infidélité ou la polygamie par exemple, sont bien souvent des tabous. De plus, les personnes impliquées dans de tels conflits au sein de leur propre foyer refusent souvent de reconnaître leur part de responsabilité. Dans le cadre de ce projet, les familles de membres des forces armées (UPDF) sont mises face à des scènes de théâtre - fictives, bien qu’inspirées de la réalité –, des situations qui les amènent à remettre en cause leurs propres certitudes. Puis la partie participative, un dialogue entre acteurs et public, permet à chacun de s’exprimer et de poser des questions qui dérangent, pourtant essentielles, dans une atmosphère détendue : seriez-vous prêts à effectuer un test de dépistage du VIH-SIDA à la demande de votre conjoint ? Quelle somme accorderiez-vous chaque mois à votre épouse pour l’entretien du foyer ? N’est-ce pas du viol que d’imposer des rapports sexuels à son épouse ? Ne vaut-il mieux pas préférer la mono- à la polygamie ?

Mari infidèle, femme volage, prêtre en transe qui l’exorcise, homme violent, femme frondeuse qui revendique ses droits … et parfois uniquement de l’argent, c’est du Molière que nous improvise Rafiki Theatre en improvisant sur un canevas, à la manière de la Commedia dell’arte. La Commedia dell Karamoja ! Afin de pérenniser le projet, Rafiki Theatre forme au demeurant des habitants des baraquements à faire leur propre spectacle participatif sur ce thème ainsi qu’une association locale « AWARE » (Figure1).

Jamais le public n’est indifférent. Les quelques quarante femmes, autant d’hommes, s’indignent et se tordent de rire tour à tour. Après une séquence choc, les acteurs ralentissent le rythme, le son du xylophone s’élève et les voix se taisent. Un acteur prend alors le public à parti et l’interroge sur sa réaction ou sur la scénette. Pourquoi riez-vous alors que le mari bat son épouse ? Qu’auriez-vous fait à sa place ? Le public se sent concerné et répond, échange les points de vue. Les femmes disent haut et fort ce qu’elles pensent, certains maris font la grimace mais la plupart manifestent leur approbation. Comprenant l’importance de ces sensibilisations auprès de « ses soldats », le Capitaine Ojatum des baraquements et également en charge de la FPU (Familiy Project Unit), a montré son implication dans le projet en étant volontaire pour traduire les pièces de théâtre de manière simultanée de l’anglais au swahili, un grand sourire aux lèvres, sans cesse interrompu par les éclats de rire généreux.

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Rafiki Theatre récuse constamment l’idée profondément ancrée dans les esprits qu’une « vraie femme africaine » se doit d’être soumise inconditionnellement à son mari. Les femmes osent s’exprimer, gronder et se plaindre. Au fil des représentations, des débats, elles affirment de plus en plus leurs droits. Les hommes aussi en prennent conscience. Aujourd’hui, les soldats des baraquements UPDF semblent avoir à cœur de s’attaquer au problème. Au sein des unités les FPU recueillent les plaintes de violences conjugales dans les baraquements, et engage une résolution - aussi pacifique que possible - des conflits domestiques.

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Facebook : Fonds Social de Développement Social Development Fund

Site web de Rafiki theatre : http://www.rafiki-theatre.org/

Dernière modification : 06/10/2016

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