Portrait de Hajjat Sebyala : « On ne peut pas vivre une vie heureuse si on ne se bat pas pour l’environnement »

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Hajjat Sebyala ne se déplace jamais sans tenir quelques jeunes arbres à la main. Par un jour de 2010, c’est une petite forêt ambulante qui a osé défier Wangari Maathai, la Prix Nobel de la Paix kényane, en lui demandant comment faire mieux qu’elle pour protéger l’environnement. D’une humilité et ouverture d’esprit sans faille à l’aune de ses multiples prix et récompenses, cette écologiste ougandaise a fait le pari d’allier défense de l’écologie et des droits des femmes.

Championne proclamée de la défense de l’environnement, Hajjat « des arbres », comme elle est surnommée, s’est engagée à défendre cette cause il y a une dizaine d’années, en marge de son travail dans le secteur des assurances. Malgré ses très nombreuses responsabilités – directrice du Gomba Women Environment & Development Group, directrice d’Energising Solutions Ltd, experte en gouvernance, consultante en gestion etc. – elle souligne à l’envi d’une voix douce qu’elle « adore les échanges avec les autres ».

Elle s’est fixé un objectif clair : planter un million d’arbres dans sa vie, ce qui lui vaut un autre sobriquet, « Hajjat la verte ». Après quelques milliers de plantations, elle se réjouit déjà du résultat : « Les femmes que je rencontre me disaient qu’un arbre ne se mangeait pas. Du coup, je fais planter des arbres fruitiers, qui permettent de lancer des activités économiques ! » se réjouit-elle.

Nommée parmi les 10 femmes éminentes d’Ouganda, membre de la cellule de crise électorale mise en place pour enregistrer les actes de violence à l’égard des femmes lors de l’élection de février 2016, ambassadeur contre le réchauffement climatique pour le British Council, elle le promet, elle promet, en dépit d’un emploi du temps chargé, de répondre à tous ceux qui souhaitent lui parler de la planète, y compris en plein milieu de la nuit.

« On ne peut pas vivre une vie heureuse si on ne se bat pas pour l’environnement », poursuit-elle. C’est la raison pour laquelle elle tente par tous les moyens et à travers son impressionnant réseau de convaincre de planter des arbres. A cet égard, elle a initié les « Greening Fridays », les vendredis du verdissement, où, en ce jour de prière musulmane, les imams des mosquées qu’elle fréquente prêchent sur l’environnement et distribuent des arbres.

Quitte à convaincre un par un son entourage de l’importance de la lutte contre le réchauffement climatique, la « championne » incarne un véritable mentor pour de nombreux Ougandais, en majorité des femmes. « Beaucoup de gens essaieront de te rebaisser », avait mis en garde Wangari Maathai en réponse à sa question. « Assure-toi de travailler aussi avec les hommes et ton mari », avait-elle dit à cette mère de trois enfants fièrement mariée depuis trente ans.

Elle profite aussi de chaque célébration, mariage, cérémonie de remise de diplômes, communions, pour arriver les bras chargés de végétaux, préférant offrir « quelque chose de vivant plutôt qu’un verre qui risque de se casser ». Les agents de sécurité du marathon de Kampala doivent se souvenir de cette femme courant avec un arbre, et ceux des grands hôtels doivent encore se remémorer le passage d’avocatiers au détecteur de métaux lors des grandes conférences où Mme Sebyala est invitée. Ainsi, son 8 mars, sans grande surprise, elle le veut vert. « Que chaque femme plante un arbre, et nous aurons des forêts ! »

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Dernière modification : 08/03/2016

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