Yvette Chesson-Wureh, « Une femme forte, c’est un monde meilleur »

Dans le cadre de la Journée Internationale pour le Droit des Femmes, nous dressons le portrait de personnalités marquantes dont la détermination à lutter pour l’émancipation féminine mérite d’être saluée. Yvette Chesson-Wureh fait partie de celles-ci. Elle est venue en Ouganda pour ouvrir la cellule de crise des femmes mise en place pour les élections générales de 2016 et c’est là que nous avons fait sa rencontre.

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Un épais carnet de notes. Voilà de quoi il faut s’équiper avant de venir écouter parler la Libérienne Yvette Chesson-Wureh, tant abondent les bons mots, anecdotes et témoignages lorsque cette féministe invétérée se raconte. Petite-fille de président, descendante des fondateurs du Liberia par son père et du Roi Peter par sa mère, cette avocate de formation poursuit jour après jour avec une énergie qui semble inépuisable ses combats pour l’émancipation des femmes du monde entier.
Privée de son père assassiné en même temps que le président de la république en 1980 lors du coup d’État de Samuel Doe, la défense des femmes ne s’est pas imposée immédiatement comme un choix de carrière, pour celle qui se définit avant tout comme « une passionnée de la paix ».

« Ma mère était une pionnière pour le droit des femmes, et pourtant, je me suis longtemps dit que je ne ferais jamais comme elle, que je ne tomberais jamais là-dedans ! », s’esclaffe la coordinatrice du Centre International Angie Brooks (ABIC) pour l’autonomisation des femmes, influente Organisation Non Gouvernementale (ONG) libérienne. Mais en défendant les enfants défavorisés aux États-Unis, après ses études à l’université de Caroline du Nord, elle découvre la situation de leurs mères, souvent discriminées.

Ainsi, ce sont avant tout des trajectoires personnelles plus que des figures historiques qui mènent Yvette Chesson-Wureh sur la voie d’un féminisme d’action. Des histoires comme celle de cette jeune compatriote de 17 ans, qui lui demande d’acheter un calendrier de la présidente libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, à la sortie d’un meeting de cette dernière. « Il n’y avait personne pour être son mentor, après 20 ans de guerre civile, se souvient l’intéressée. Mais ce simple calendrier lui a permis de constater tous les jours, en regardant son mur, qu’une femme aussi pouvait diriger un pays ».
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Diriger, s’engager, c’est toute sa vie. Membre du Barreau de la Cour Suprême des États-Unis, de l’Association des Femmes Avocates du Liberia et précédemment Juge en charge des élections dans l’État du Maryland (États-Unis), elle s’est illustrée en 2009, lorsqu’elle a fondé le Colloque International des Femmes pour l’Autonomisation des Femmes, le Développement du Leadership, la Paix et la Sécurité Internationales, aux côtés de sa présidente Ellen Johnson Sirleaf et de la chef d’État finlandaise Tarja Halonen. « Tous les leaders que nous sommes doivent intervenir et comprendre l’enjeu de la question du genre », répète-t-elle aux femmes qu’elle rencontre.
Il y a eu aussi ce litige foncier, au Liberia, qui fut une révélation pour elle. Appelée pour faire une médiation, elle constate qu’aucun des hommes présents ne peut retracer l’histoire du terrain en question. Il faut attendre des heures de débat avant qu’une femme n’ose prendre la parole pour décrire en détail la situation du foncier, avec exactitude, au cours deesdes dernières décennies !

« Politiquement, nous ne nous sommes pas réveillées, déplore Yvette Chesson-Wureh. Je veux qu’elles réalisent que nous sommes les femmes, les sœurs et les filles qui pouvons changer l’Afrique. » Pour y remédier, elle a implanté une cellule de crise électorale en 2011 dans son pays pour les femmes, qui pouvaient témoigner ou signaler des incidents en marge du scrutin.

Familière de l’Ouganda où elle préside le bureau de l’Isis-WICCE (Women’s International Cross Cultural Exchange, ONG de défense des femmes), elle a donc tout naturellement supervisé la mise en place d’une cellule de crise similaire. Admiratrice du « pacifisme et de la patience » des Ougandais, Yvette Chesson Wureh est allée à la rencontre des représentants politiques de tous bords pour préserver ce qui compte le plus à ses yeux, la paix. Un acquis qu’elle compte bien défendre, bien que les 1415 incidents rapportés à la cellule de crise pendant les dernières élections en Ouganda l’inquiètent, tout comme l’arrestation de certains leaders de l’opposition.

« Le rôle des femmes pour mettre fin aux tensions politiques est crucial, et il a déjà commencé, c’est pour cela qu’on ne voit pas tant de monde que cela dans les rues pour protester », ajoute la militante, pour qui « aucun siège ne vaut le sang de quiconque ».

Pour comprendre une telle personnalité, il faut remarquer l’optimisme débordant qui l’anime. Sans relâche, elle martèle comme une devise : « Les femmes ont besoin de mentors, elles doivent se réveiller ! »

Dernière modification : 06/10/2016

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